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L’auriculothérapie contre la douleur

 Séance gestion de la douleur

À l’hôpital, l’auriculothérapie contre la douleur

https://www.iledefrance.fr/fil-actus-region/hopital-auriculotherapie-contre-douleur (article extrait du Site Web Région Ile de France)

L’exercice des médecines dites complémentaires se développe dans les hôpitaux. Exemple à l’Institut de cancérologie Gustave-Roussy, à Villejuif.

Comment venir à bout des douleurs qui apparaissent dans le sillage de tous les traitements anticancéreux (cicatrices, sensations de brûlure, de peau cartonnée, nausées, vomissements, bouffées de chaleur…) ? La réponse suppose de prêter une oreille attentive. Depuis 1985, le Dr Sabine Brulé dispense des séances d’auriculothérapie au centre d’évaluation et de traitement de la douleur de l’institut Gustave-Roussy (1) de Villejuif (94).

« Certains patients, lassés, rejettent les médicaments antidouleur (ou antalgiques) qui leur sont prescrits », explique le médecin. C’est le cas de Nicole, venue ce mardi matin pour sa deuxième séance d’auriculothérapie. Pour cette femme de 63 ans atteinte d’un cancer du sein, la première séance a déjà eu des effets bénéfiques : « J’ai pu diminuer les doses d’antalgiques, qui entraînent chez moi des troubles de la mémoire. » Sabine Brulé l’interroge sur ses douleurs, son ressenti, et lui conseille quelques gestes à pratiquer tous les jours. Puis elle invite Nicole à s’allonger.

« Nous recherchons d’abord des points spécifiques au niveau du pavillon d’oreille à l’aide d’un détecteur électrique, explique la spécialiste. Ils correspondent au territoire d’innervation concerné par la pathologie. Ensuite, ces points sont stimulés soit à l’aide d’ASP (aiguilles semi-permanentes, qui tombent au bout de deux semaines), soit par la cryothérapie. Dans les deux cas, une action réflexe est provoquée, qui module le message douloureux. » 

Résultats instantanés

Découverte il y a 50 ans par le Docteur Paul Nogier, l’auriculothérapie est reconnue par l’Organisation mondiale de la santé. Médecin généraliste, Sabine Brulé a passé un diplôme interuniversitaire d’auriculothérapie à la faculté de Paris XIII : « Notre corps fonctionne comme un circuit électrique : toutes les informations périphériques montent au cerveau, où elles sont intégrées et décodées. Branché à ce niveau-là, le pavillon d’oreille est utilisé comme un clavier thérapeutique. L’auriculothérapie peut ainsi moduler les messages douloureux. » 

Juste après la séance, Nicole remarque qu’elle a retrouvé la sensibilité au niveau du sein gauche et que la douleur a disparu. « L’auriculothérapie est la seule thérapie offrant des résultats aussi instantanés, commente Sabine Brulé. Attention, il ne s’agit nullement de se substituer aux traitements anticancéreux ! C’est un accompagnement pour la prise en charge des douleurs, destiné à éviter les surenchères médicamenteuses. »

Thérapeutique méconnue

Ce jour-là vient aussi un patient atteint d’un cancer de la zone ORL. Ne pouvant plus ouvrir la bouche, il est dénutri et a perdu 10 kg. Après la séance, il est à nouveau capable de déglutir et même de sourire. Même réaction chez Dominique, une patiente qui vient en consultation depuis 2006. Victime d’un syndrome des Loges, elle revient de loin : elle a vu sa jambe droite se raidir, se paralyser peu à peu, et s’est retrouvée incapable de marcher. Au fil du temps, grâce à l’auriculothérapie, elle a pu récupérer la sensibilité de sa jambe et même marcher à nouveau !

Pourtant, cette thérapeutique reste méconnue. Seuls 200 auriculothérapeutes sont formés en France. « La communauté médicale, formatée par l’industrie pharmaceutique dès l’université, reste souvent sceptique. Le sursaut pourrait venir des patients, qui commencent à remettre en question le “tout-médicament” », estime Sabine Brulé.

Plan stratégique de l’AP-HP

La prise de conscience vient aussi de la communauté hospitalière. L’AP-HP, qui regroupe 37 hôpitaux publics franciliens, vient en effet de lancer un plan stratégique pour, entre autres, encourager la recherche clinique sur les médecines complémentaires et favoriser le partage de bonnes pratiques. Une démarche à laquelle compte bien s’associer la Région Île-de-France.

En 2011, elle a organisé un colloque sur les « écomédecines », et milite aujourd’hui  pour une meilleure reconnaissance et un encadrement solide des médecines complémentaires. Car, au même titre que l’hypnose, l’acupuncture, la sophrologie ou l’ostéopathie, l’auriculothérapie apparaît comme une manière innovante et efficace d’enrichir l’offre de soins traditionnelle.

(1) L’auriculothérapie est une des thérapeutiques proposées par l’IGR dans les « soins de support » du cancer, aux côtés de la kinésithérapie, la sophrologie, le soutien psychologique, le suivi diététique et nutritionnel, etc.

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